Philibert

Être là sans l’être vraiment, entre les confrontations, épouser la muraille, pour ne pas trop se faire remarquer, voilà Philibert qui cherche l’ombre, le calme, la discrétion.

Cette ligne de conduite l’emmène à l’esquive de ce qui l’ennuie, l’effort, la fatigue, le travail.

Est-ce le soleil de la Guadeloupe qui brille en partie dans tout son être, qui met la nonchalance aux postes de commande ?

Philibert zappe le difficile. Funambule de la tranquillité, il cherche le coin tranquille et cultive sa passion : essayer de ne rien faire ! Il aime la musique, il aime chanter, mais les mots se révoltent, la chanson est dure à terminer.

Persévère, achève ce que tu entreprends, ne néglige pas les efforts, ce sera toi le gagnant, à coup sûr, même si tu aimais l’ombre dans le jardin de Bileh, les grosses pastèques bien mûres qui te faisaient oublier la route active, celle du voyage, celle de la vie qui s’annonce, malgré toi.

Alain Bellet


Une musique de sable

Si tu lis ce texte,

Le Sahara comme contexte

C’est que j’ai dû galérer

Dans ce Ténéré

Mais je ne pouvais pas rester

Que faire?

Me tuer?

Je ne savais pas par où commencer,

J’avais plein de choses à dire

Mais pour écrire

Je suis bloqué.

Je vais me lancer,

Tu sais, le désert ce n’est pas comme on veut,

Le désert, c’est comme on peut.

J’ai appris la valeur des chameaux

J’ai appris à marcher de plus en plus haut

Alors du Ténéré aux dunes,

Je chantais, pensant à l’avenir plein de tunes,

J’ai galéré comme un fou, moi

Sans savoir pour qui, ni pourquoi.

 

Philibert

 


La vie de Bileh

 J’ai quitté la caravane au bout de deux semaines et, un soir, Bachar m’a parlé de son frère Bileh. Dès le lendemain, je partais pour aller vivre dans son jardin.

C’était un endroit paradisiaque après le désert! Il y avait des tomates, des pommes de terre, des oignons, des pastèques, des melons et du blé que nous allions couper.

J’étais surpris de voir un homme jeune, très sympathique et je sus de suite que j’allais bien m’entendre avec lui.

Les gens du village étaient curieux de me voir avec Bileh et ses enfants. Ils étaient étonnés de voir un Français avec une peau foncée, plus proche de la leur que de celle des hommes qu’ils avaient l’habitude de voir.

J’étais content d’être avec eux, je ne supportais plus de marcher. Bileh me considérait comme son propre fils. Il m’a prêté des habits de Touareg et je me trouvais élégant avec le grand chèche blanc. On aurait dit un costume de riche!

Le matin de bonne heure, après le thé, nous partions au jardin avec quelques personnes du village, des amis de Bileh qui m’accompagnaient.

Abaca, un autre frère de Bachar, possédait un autre jardin, juste à côté de nous. Il avait des chameaux et des ânes. Bileh n’en avait pas mais il était heureux quand même. Tous les matins, il arrosait ses légumes et ses fruits. Je le regardais faire ou le remplaçais parfois. Vers dix heures, nous buvions le thé avec du pain de terre et du maïs.

Ensuite, nous allions à l’ombre auprès d’une école, sous les palmiers. Les écoliers, étonnés, me regardaient passer. Puis nous nous reposions deux heures. Vers midi, on mangeait à cinq ou six et chacun  apportait son plat. Le directeur d’école venait nous rejoindre tous les jours. Il me demandait pourquoi j’étais là et je lui expliquais que j’avais fait des bêtises. Il était inquiet et ne voulait pas que je retourne en France… On parlait un moment puis tous faisaient la sieste, sauf moi.

J’allais dans une sorte de petite piscine à côté d’un puits pour me rafraîchir. Ensuite, j’allais retrouver Bileh vers quinze heures. Nous faisions le thé, tout en parlant du Niger. Un jour, il m’a même demandé si je voulais vivre là-bas et j’ai refusé. C’est trop dur et je trouve que la vie est trop répétitive.

Ensuite, Bileh et moi, nous partions vers le jardin pour arroser les oignons. Le soir arrivait vite. Nous retournions alors à la maison de Bileh, je jouais avec ses fils ou je parlais avec les habitants du village. Parfois, je m’ennuyais un peu et pensais à ma famille, à Dunkerque aussi.

Vers huit heures du soir, je mangeais avec Abolo, un autre frère de Bileh et Bachar, et d’autres personnes encore. La nourriture était bonne, l’eau du puits aussi. Après, nous allions au tam-tam, rejoindre les femmes et les filles qui chantaient. Les hommes dansaient et Bileh m’a appris des danses touareg. Lui, il dansait très bien, moi je n’arrivais pas à le suivre mais les femmes m’encourageaient tout en chantant, mais j’avais peur de danser en public.

De temps en temps, nous partions au village d’Iférouane pour vendre des tomates sèches. On y restait la journée entière, on parlait à tout le monde et à midi j’étais toujours invité.

Parfois, je repense à certaines personnes avec émotion. Peut­ être que je les reverrai, un jour? Je repense aux enfants de l’école lorsqu’ils chantaient toujours la même chose avant d’entrer en classe. Bileh est toujours quelque part dans ma tête et je crois qu’il le sera toujours. Il m’a montré une vie plus douce que celle des nomades, c’est vrai que j’étais mieux chez lui que dans le désert…

Philibert

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