Imaouellen

Dans sa tenue traditionnelle, Abakaoua ag Kanom, comme un symbole vivant du peuple Imaouellen, porte fièrement ses longues années. Un trait de khol souligne la volonté tenace de son regard.
(Photo Maximilien Bruggmann)

En tamachèque, la langue des Touaregs du Niger, ce nom n’est pas celui d’une tribu ou d’une caste mais celui de tous les pasteurs restés dans la tradition et portant donc le voile, ainsi que bien d’autres valeurs.

Ces hommes et ces femmes sont les ultimes repères d’une société touarègue en mutation, qui souhaiterait néanmoins préserver ses racines.

L’étranger reconnaît les Touareg à leur vêtement, leur langue, leur folklore. Quant à leurs racines, elles sont plus précieuses et plus profondes encore. Elles plongent dans le Désert en ce qu’il impose à l’Homme pour sa survie : l’adaptation au milieu. Cela définit les conditions de leur pastoralisme et de leur vie sociale.

Pour rencontrer la civilisation touarègue, il faut partager la vie des Imaouellen, c’est-à-dire manger, dormir, travailler avec eux en pratiquant leurs gestes, en appliquant leurs méthodes et techniques, en utilisant les objets de leur vie quotidienne… et surtout découvrir l’«ACHAK», leur code d’honneur. Pour un Imaoual, respecter son achak, c’est être reconnu comme un Targui fidèle à la tradition. Un modèle pour tous.

Les Imaouellen sont des éleveurs. Le campement où travaillent et règnent les femmes est le centre de la vie nomade. Ici, ce sont les chèvres, élevées par les femmes, qui permettent la vie. Eau et pâturage déterminent la bonne santé des chèvres, vitale pour le campement, et déterminentt les déplacements. Les chèvres offrent leur lait, leur poil, parfois leur viande et leur peau ; elles permettent l’échange avec les commerçants, jardiniers et forgerons des oasis.

Les hommes rejoignent le campement entre deux caravanes, parfois lointaines, pour compléter le ravitaillement. Le chameau est pour cela un serviteur précieux et irremplaçable. A la différence des chèvres, le chameau est indépendant du campement ; il boit peu et doit parcourir de vastes espaces pour se nourrir, sous la surveillance des hommes dont il est la vraie richesse.

Pour les hommes et les femmes, la vie est dure mais libre. Les Imaouellen l’entendent ainsi, confiant leur vie aux chèvres, aux chameaux, aux pâturages et à la bienveillance divine.

Les objets présentés au Musée Saharien sont utilisés par les Imaouellen pour vivre au désert avec les moyens du désert en garantissant un niveau d’autonomie susceptible de leur offrir liberté et indépendance. D’autres objets, liés à la vie sédentaire dans les oasis, appartiennent aux jardiniers échangeant leurs produits contre ceux des éleveurs, aux forgerons créant les outils, les armes et les bijoux tandis que leurs femmes travaillent les peaux.

La mise en œuvre d’un développement matériel facilitant le quotidien des Imaouellen briserait leur adaptation au désert et, par là-même, condamnerait la civilisation dont ils se réclament avec fierté !

  • Plusieurs vitrines consacrées aux Imaouellen sont en préparation au Musée Saharien du Crès et seront présentées à la fin du printemps 2019.