Charte du Désert

Pour préserver le désert et respecter les hommes du désert

Le sommeil, l’Homme et l’horizon, création de Jean-François Reymond, 1993

 

  1. ABORDER LE DESERT EXIGE PLUS DE PRECAUTIONS, DE RESPECT ET D’HUMILITE QUE L ‘ON SUPPOSE GENERALEMENT

Ce qu’il reste de nature sauvage n’est pas à la libre disposition de l’homme. Comme tous les êtres vivants, il a certes le droit d’y vivre, mais aussi le devoir d’en garder l’équilibre intact par respect pour les générations futures et pour la Terre.

  1. RESPECTER L ‘INTEGRITE DU DESERT, C’EST NE LAISSER AUCUNE TRACE INUTILE DE SON PASSAGE

Pour l’avenir, il est également très important de conserver l’existence de ces espaces préservés. Ils témoignent d’un monde naturel intact : référence indispensable pour la vie de l’esprit.

  1. LES NOMADES NOUS APPRENNENT A REDECOUVRIR LA HIERARCHIE DES BESOINS

Les hommes du désert sont le plus souvent nomades, car seul le nomadisme permet d’utiliser le milieu naturel sans compromettre les équilibres fondamentaux. Les civilisations nomades ne sont pas inférieures ou supérieures aux civilisations sédentaires, mais se fondent sur une relation différente avec l’Univers ; elles expriment donc un autre système de valeurs, seul possible au désert.

  1. LA CREATION DES BESOINS INUTILES EST INCOMPATIBLE AVEC LA VIE AU DESERT

Entre le voyageur au désert et l’homme du désert, il est souhaitable que des relations d’égalité puissent s’établir sur tous les plans. Le progrès matériel n’est pas un critère de supériorité mais de différence. La création des besoins inutiles est incompatible avec la vie au désert. Le réflexe touristique du « cadeau » ou toute autre forme d’assistance ne respecte pas le sens que les hommes du désert ont de la dignité.

  1. POUR DECIDER LIBREMENT DE LEUR A VENIR, LES HOMMES DU DESERT DOIVENT CONNAITRE TOUTES LES CONSEQVENCES, A LONG TERME, DES PROPOSITIONS QUI LEUR SONT FAITES.

La civilisation industrielle moderne déstabilise les hommes du désert : ils sont confrontés à des problèmes venus d’un autre monde, difficilement compréhensible pour eux, et auxquels ils ne sont pas préparés. Dès que l’homme moderne a pris conscience de sa responsabilité envers cette situation, son intervention devient pleinement justifiée.

Son devoir est d’informer l’homme du désert sur les causes et les conséquences de ces problèmes, d’étudier avec lui des solutions et de lui proposer de l’aider à les mettre en œuvre.

  1. LES HOMMES DU DESERT SONT RICHES D’UN SAVOIR QUI DOIT FAIRE PARTIE DU PATRIMOINE DE L ‘HUMANITE.

Les hommes du désert n’appartiennent pas au passé, mais bien à la réalité du monde d’aujourd’hui et à une attente qui se fait de plus en plus pressante.

Entre l’homme du désert et le voyageur du désert, il est souhaitable d’établir une relation d’égalité durable. Cela n’est possible que dans I ‘échange.

L’expérience de la vie en harmonie avec le milieu naturel, maîtrisée par l’homme du désert, est source d’enseignement.

Cette expérience du désert est peut-être une des grandes chances actuelles pour une meilleure connaissance de soi-même, une modification de nos comportements en face des autres et du milieu naturel.

  1. LE DESERT : LIVRE DE MEMOIRE ET DE COMMUNION

Chaque désert offre un rapport original au temps et à l’espace. II est creuset de mémoire vivante et de communion en gardant simultanément la trace des civilisations les plus anciennes et celles des plus actuelles. Le type de relation à la nature minérale, végétale, animale et cosmique auquel oblige le désert conduit à une rencontre et à une compréhension plus immédiate entre les hommes.

Cette charte a été rédigée en 1993 par les fondateurs de «L ‘Appel du Désert», sous le haut patronage du Professeur Théodore Monod, membre de l’Institut. Elle est issue de la longue expérience de vie et d’amitié partagé entre Jean-Claude Bourgeon et ses amis touaregs. Elle répond à l’espérance de tous les hommes de tradition appartenant à la civilisation pastorale du désert.