Mickaël

Mickaël, un chemin de confiance

Le regard est vif, le rire communicatif, et les éclats de tonnerre de sa voix forte voyageant dans plusieurs registres, allant de l’émotion à la colère,  attestent d’une belle affirmation de lui-même. Costaud et tendre à la fois, un désir fou d’être enfin mieux aimé perce sous une carapace forgée au gré des rapines  et des malhonnetetés passées.

D’origine martiniquaise, la culture de son peuple transparaît dès lors que l’on évoque avec lui ce que peut être le respect des anciens, celui qui est transmis à l’égard de la famille, et puis ce sentiment de fierté qui a permis aux descendants d’un peuple si maltraité par les blancs de devenir plus fort.

Alors, se permettre de rencontrer enfin la fierté de ses propres parents à son égard lui semble être la plus belle des victoires qu’il a gagnées au Sahara.

Il a aussi découvert un peuple plus franc, plus direct, plus impliqué dans le travail, moins con, dit-il, que les Français.

Et à l’heure des bilans, il évalue le chemin restant à parcourir sur cette route du respect de soi-même, un passage obligé pour mieux être, mieux vivre, au diapason des rencontres, des quêtes amoureuses qui l’animent et le transforment. Là-bas, il avouait volontiers que c’était l’ennui qui poussait à faire des bêtises. Première urgence, ne plus jamais t’ennuyer, mais toujours occuper ta tête, tes mains, ton cœur…

Ce grand garçon au regard attachant sait qu’il a encore grandi dans le sable. Est-ce cette reconnaissance qui l’autorise à rêver d’un voyage de retour, un jour de sa vie, dans les jardins d’Iférouane ? Et s’il attache au métier de plombier qu’il a choisi, souhaitons lui autant de succès qu’une casserole en main pour nous régaler.

Alain Bellet

 

Les couleurs étaient étonnantes !

Les couleurs étaient étonnantes ! Je revois les nuages, les oiseaux à cinq ou six couleurs… J’aimais le coucher du soleil et son lever, il pouvait être rouge, rose, orange, jaune. Je n’avais jamais vu autant de couleurs et les habits  des Touareg, qu’ils soient de couleurs claires ou foncées, flashaient !

Je repense aux chameaux décorés  et surtout aux scorpions verts et jaunes que je n’avais jamais vus. Une fois, ils m’ont tenu compagnie toute une nuit sous mes affaires! Alors, au matin, méfiance, pendant le petit-déjeuner…

Attacher les bagages, aller chercher les chameaux, les ramener au bout d’une heure, tout ça est un peu saoûlant mais c’est intéressant de charger les chameaux. Il faut attacher les bagages, bien serrer les cordes sur les chameaux sinon, c’est la chute! Pas de médecin, pas d’hôpital, pas de quatre-quatre à moins de 400 kilomètres ! Alors attention, il faut faire un bon chargement…

La chaleur était dure et il n’y avait pas beaucoup d’eau dans les dunes de Rita… Pendant quatre jours, nous n’avions presque plus d’eau et le sable dirigeait tout: vaisselle au sable, pâtes au sable, eau au goût de sable, bien craquante sous les dents…

Mickaël

 

La vraie vie, c’est quoi ?

Au désert, on m’a beaucoup parlé du respect, comment je peux  traduire ça dans ma vie, en France? D’abord, dans la vie de tous les jours, les gens pensent qu’on est des bandits et que nous ne sommes pas respectueux. Moi, je ne veux plus être un bandit,« bandit» n’est plus écrit sur mon front!

Le désert m’a changé. Il m’a appris beaucoup de choses, comme le travail, le respect des autres et de soi-même…

Le jardin m’a montré la vraie vie, de vouloir beaucoup de choses que je n’aurais jamais faites avant. Avoir de la motivation, envie de chercher  du travail, avoir confiance, parler, se libérer, aider les gens et ne pas les laisser comme de vieux chiffons ! Comme ils disent, « donne et Dieu te le rendra ! » Comprendre la vie en France et la vie au Niger, ce n’est pas la même chose. Au Niger, la vie est dure mais belle, en France, la vie est moins dure et moins belle. C’était l’ennui qui me poussait à faire des bêtises. Quand tu t’ennuies, tu fais beaucoup de sales trucs, pourquoi? Parce que tu es viré de l’école, tes parents en ont marre, ils te proposent des choses et toi, tu dis non, tu t’énerves, tu vas voir tes copains… Tu te calmes, tu fumes, tu bois, tu voles, tu cambrioles et quand tu es dans un CER ou dans une prison, tu commences à comprendre, tu te dis, merde… pourquoi j’ai fait tout ça?

Et quand je suis allé au désert, que j’ai vu, écouté, observé, demandé  et compris, quand tu rentres en France, tu réfléchis deux fois avant de faire une bêtise! Tu penses à ta famille, à leur souffrance, tu penses à toi. Et si tu te dis encore « je nique la société!», c’est vraiment que tu n’as  rien compris et que tu ne réfléchis pas.

Mais respecter la loi, quand tu sors un peu de la délinquance, c’est dur, surtout quand tu rentres dans ton quartier…

Mickaël

 

Peur de revenir au quartier

 Ce qui m’inquiète, c’est de revenir dans mon quartier, parce que  j’ai beaucoup de copains qui fument, boivent, volent… Ils vont à l’école mais ce sont quand même des délinquants. Moi, je suis obligé, en restant avec eux, peut-être, de me remettre hors-la-loi. Comment faire pour ne pas me laisser entraîner?

LES DIX COMMANDEMENTS DE L’EX-BANDIT

  • Ne pas être influençable
  • Ne pas voler de voiture
  • Ne pas fumer du shit
  • Ne plus voler à l’arraché
  • Ne plus voler les motos des autres
  • Respecter la loi
  • Respecter la personne
  • Ne pas détruire l’environnement
  • Ne pas faire de trafic
  • Ne pas porter d’arme

Mickaël

 

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