Kevin

Kevin

C’est la générosité et la spontanéité mêlées, une franchise qui parfois lui fait péter les câbles sans peser les conséquences.

Dans le désert ou en Ardèche, celui qui revendique sa langue paternelle et les plages du Nord-Pas-de-Calais est soucieux des autres.

Il sait que sa vie sera belle, riante, au rythme des marchés du Nord, où les couleurs vives des fruits et des légumes semblent lui éclairer le visage.

Il dépense sans compter des tonnes d’énergie dans le rire, les éclats, la colère passagère paifoisLà-bas, il était prêt à aider les autres, donner de l’eau, porter les sacs, encourager celui qui semblait plus faible que lui.

Une perpétuelle joie de vivre éclaire son visage, son sourire aussi. Fâché résolument contre l’injustice, sa vivacité peut le conduire à risquer sa tranquillité. Alors, attention,  freine Coco,  freine, mesure ta force, calcule tes réactions et évalue les engrenages.  Alors, la sérénité trouvée te conduira vers davantage de liberté. . .

Alain Bellet


Droit vers l’Ouest

Chaque matin, le chargement des chameaux recommençait. L’un après l’autre, jour après jour, le temps s’écoulait. Les Touareg étaient chez eux, le sourire aux lèvres mais, pour nous, c’était un nouveau mode de vie. Court, mais si long en même temps, je savais qu’on allait s’en sortir. . .

Les Touareg pensaient à leurs familles qui étaient à quelques jours de marche de la caravane. Les nôtres étaient pratiquement au bout du monde.

Le chargement était une obligation. Après la sieste, le plus dur arrivait. C’était le moment de partir droit vers l’ouest, face au soleil au milieu du désert.

Je pensais que le désert n’était pas fait pour nous et qu’il appartenait aux Touareg. Au fur et à mesure, les chèches glissaient vers le bas des visages, je savais que les chameliers étaient pressés de repartir.

Tranquillement, les pas des chameaux s’accéléraient, le bruit des claquettes de cuir des nomades résonnait en retournant le sable.

A l’heure du bivouac, les chameaux regroupés en petit groupe entouraient le camp. Nous, assis devant les feux, nous étions affamés…

Kevin

 


Jour de galère

Ce jour-là, pour moi, c’était un jour de galère, face au soleil, face au désert infini. Je pensais à tout, à rien, à ma famille, à mes conneries, à mes amis, aux belles filles aussi…

Ce jour-là, je n’étais pas moi-même, je me sentais perdu. Je me demandais ce qu’il se passait en moi. Etait-ce le désert qui me changeait ou était-ce moi qui changeais ?

Le dos face au soleil, le visage face au désert, le corps courbé à moitié fendu, je crois que je vieillissais.

C’était bizarre, mais je restais calme. J’essayais de tout faire pour ne pas le faire voir. À mon avis, quelques personnes le remarquaient mais elles ne disaient rien.

Nous marchions depuis quelques jours mais notre objectif était loin encore. Cela m’angoissait, me transformait.

Dans ma tête, je me disais : « il faut du courage pour arriver entier ». Pour cela, je marchais toujours à l’avant de la caravane, me croyant seul dans le Ténéré, face à rien, ou plutôt face à moi. Les jours passaient et j’avais l’impression qu’ils reculaient.

Alors, j’avançais vers moi, plus courageux que jamais.

Kevin

 

Un homme généreux 

Ihram était un homme dur à comprendre d’esprit. De jour en jour, je remarquais au fond de lui qu’il était un homme bien, honnête, respectueux.

Pour moi, il est devenu un grand ami. Il essayait de tout faire pour moi, lui, sa famille, ses proches.

Je l’aidais beaucoup et travaillais avec lui. Un jour, en coupant des arbres pour agrandir son jardin, il me sourit et me dit en arabe : « Ton père doit être fier de toi… » Nous parlions toujours en arabe ensemble, jamais il n’a prononcé un mot de français avec moi…

Il me trouvait plus courageux que son propre fils du même âge que moi. Cela le rendait triste, mais fier, en même temps.

Je me souviens de lui quand il priait. Je le regardais nettoyer le sol, tremper ses mains dans le sable. Il semblait les essuyer à la poussière de l’humanité, puis il se prenait le visage entre les mains, le serrait, tout en glissant ses doigts jusqu’à sa bouche. À cet instant, il commençait sa prière et prononçait les paroles de Dieu à voix haute. Je pensai alors à mon père. Il faisait la même chose au même moment tout en pensant à moi.

Je me sentais bien chez Ihram et pourtant, d’un autre côté, j’étais mal à l’aise car j’étais loin des miens. Dans ses yeux profonds, je voyais qu’il aimait sa famille. Gentil, généreux et respectueux, cet homme profondément religieux m’a énormément aidé à progresser, à changer et, pour cela, je le remercie du fond de mon cœur.

Je repense à nos adieux quand je suis parti, sa femme et sa tante pleuraient, des larmes glissaient sur le visage de mon cher ami…

Kévin

 

Réveil matin

Chaque matin, je me réveillais avec le bruit du pilon écrasant le mil. Le jour n’était pas levé, le froid frôlait mon sac de couchage, en montant jusqu’à mon visage.

Céline préparait déjà le petit-déjeuner, assise devant le feu. Le rythme du pilon frappant le mortier ressemblait à un pas de géant heurtant la terre. Certains jours, c’était insupportable, surtout ces jours de fatigue où le bruit s’échappait pour revenir le lendemain matin.

Ouvrant un œil, je voyais Chemma, accroupi. Il levait son pilon très haut, très vite, pour le redescendre avec force dans le mortier. Il était pressé car il voulait vite déguster son mélange de dattes, de fromage de chèvre trop sec et de mil, l’orégera…

Chemma frappait le bois, ses yeux et son nez dépassant du grand chèche blanc si tranchant sur son visage noir…

Kevin

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