Kamel

Tendre et brusque à la fois, le benjamin du groupe est loin d’être le plus fragile ! Volontiers casse-cou, Kamel est un fonceur, une locomotive, même si, dans sa solitude, il souffrait peut-être plus qu’un autre. Il essqye de tout comprendre du monde qui l’entoure, tout saisir, quitte à faire des choix, à critiquer, à analyser parfois.

La tête brûlée a le cœur tendre, une belle joie de vivre, c’est sans doute pour cela qu’il joue le leader, le modèle, le déclencheur, sans prendre garde aux retours de bâton.

Pourtant, ce garçon sensible a vécu la rude épreuve de l’isolement, de la difficulté de communiquer. Il sait que la vie facile n’est pas la vie et ce gourmand des émotions fortes s’apprête à cuisiner avec délices. Vas-y, fonce, gâte plutôt les sauces que ta vie, brûle davantage les crèmes que ta propre existence, tu verras, parfois le travail, c’est magnifique, garçon! Faut juste faire les premiers pas…

Alain Bellet

 

Seul ou presque

Quand je suis parti tout seul avec Mohamed, Sidi et Ahmed, j’avais envie de faire quelque chose de difficile, je me sentais capable de vivre des choses dures.

Mais le soir même, j’ai commencé à être mal, à l’écart des Touareg qui m’accompagnaient. Je me sentais seul, prisonnier d’un traquenard. Le temps allait être terrible, les jours n’allaient pas passer. Durant toutes ces semaines, j’ai compté les jours avec les plaquettes de Savarine. Hélas, les deux passaient difficilement. Un soir, dans les dunes, j’étais parti tout seul pour m’isoler et penser. Je me sentais mieux.

Vivre avec les Touareg n’était pas difficile, mais j’estime qu’ils ne m’ont pas aidé. Ils étaient des guides, pas des amis. Avec eux, j’ai appris à lire l’heure avec le soleil, à marcher, à galoper à chameau. Leur manière de vivre me semblait difficile et eux, ils ne comprenaient pas la mienne que j’essayais de leur expliquer, chaque soir, autour du feu. Je crois qu’ils n’étaient pas curieux de me connaître.

Quand nous sommes arnves à Eberkoum, nous avons retrouvé les jardins, des moto-pompes, un peu de vie moderne. C’était bientôt la fin et j’étais rassuré.

Quand je marchais, je parlais tout seul, j’imaginais mon avenir. J’étais grand, j’avais des enfants et une vie tranquille. J’y pensais souvent et, chaque jour, je me faisais un film différent.

Un jour, ne pouvant réussir à pisser, j’ai eu vraiment peur d’être malade mais je n’en ai parlé à personne. J’essayais, j’essayais, mais je n’y arrivais pas…

Ces cinq semaines ont été terribles. Les seuls bons moments vécus étaient lorsque j’étais complètement seul, pour penser. Je pensais à ce que j’allais faire.

Ce n’est pas le désert qui m’a fait changer mais c’est moi­-même. Cependant, le désert m’a permis de penser. Au contact des Touareg, je me sentais davantage européen que quelqu’un de culture musulmane. Nos manières de vivre sont trop différentes. Mais peut-être que je ne suis pas religieux. Pour les croyants, je ne suis qu’un chitan, un diable !

Au fond, je crois ne plus être un diable et je souhaite devenir quelqu’un de normal. Les religions ne comptent pas pour moi, je ne crois en rien, sauf à ce que tu construis, ce que tu vis, ce que tu réalises…

À Zakat, j’ai construit une case avec Ahmed, son fils et un ami de son fils. Je me sentais bien avec eux et je discutais beaucoup avec Ahmed, le soir, quand j’allais le rejoindre dans l’oued… J’étais fatigué mais je me sentais bien, davantage heureux. Dans le village de Mohamed, j’ai pu redécouvrir un peu de vie moderne, je mangeais une meilleure nourriture, je me sentais en paix.  Par contre, durant les jours passés dans le jardin de Chemma, ma vie redevint difficile…

Kamel


Une galère pour un bon point!

Ce jour-là, j’étais content d’arriver, c’était fini de marcher, j’avais la fin de l’Afrique dans la tête, j’avais la faim en moi aussi…

J’avais soif, je voulais boire… Pour moi, ce voyage, c’était la galère mais aussi un bon point! Je suis fier de l’avoir fait, même si je suis content qu’il soit enfin fini.

Avant, je n’aimais pas travailler, maintenant je peux le faire, même si je n’aime pas trop ça… En marchant, je pensais à ce que j’allais faire en France, faire un projet, travailler dans la restauration, peut-être…

Ce voyage m’a rendu plus courageux. Les Touareg m’ont étonné, ils marchent beaucoup et leur façon de vivre est surprenante, pas moderne. Pour eux-mêmes, je pense qu’ils sont heureux. Je repense aux paysages, j’aimais les dunes roses, les montagnes, la nature, les gueltas…

Kamel

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