Jennifer

Jennifer

Une sensible

Jennifer semble tanguer entre ce qui l’amuse et ce qui la touche. La liberté qu’elle revendique est le seul souvenir d’un trop long enfermement. La sensibilité presque à vif, elle n’oublie pas de s’insurger contre la moindre oppression, sûre de cette juste mission, qui la magnifie et la fragilise. Elle revendique parfois sa place, puis soudain disparaît dans l’ailleurs de ses rêves. Juchée sur de gigantesques semelles compensées, elle hésite entre l’action et ne rien faire, le cœur pris par l’inquiétude. Son jeune frère est là, tapis dans sa conscience, loin des murs, quelque part au Sénégal, synonyme d’une réconciliation avec elle-même.

Hélas, le sommeil l’entraîne souvent dans une nonchalance qui l’enveloppe. À d’autres moments, elle tonne, s’insurge pour s’évaporer une nouvelle fois.

Éveillée, elle sait rayonner. D’intimes caravanes manouches peuplant son esprit. Voyageuse du voyage, elle digère doucement celui qui lui a enfin permis de retrouver le soleil. Dans un regard qui s’émerveille, elle recompose les étoiles, redessine les dunes, écoute le gargouillis des enfants du désert. Dans sa tête, le bleu du ciel revient juste pour lui prendre la main.

Alain Bellet

 

Je me rappelle le jardin de Rita

Si je garde une superbe image en tête, c’est des cailloux… Du sable ce serait plutôt un cauchemar!

C’était la galère, je crois qu’il n’y a pas pire que cette galère, mais dans le Jardin de Rita, le sable te fait devenir fou, avec la chaleur…

Mes relations avec les Touareg, c’est aussi une belle image qui reste. J’étais étonnée de les voir marcher sans boire.

Le respect, c’est fou ! Je les observais car je ne parlais pas trop avec eux… Je revois Salima…

Le côté caché de la beauté du désert, c’était la souffrance, on ne voyait jamais le bout, on n’allait jamais arriver!

Moi, je pensais vivement à la France, ma famille, mon petit frère…

Au début, c’était sympa avec les feux de camp, mais c’était gavant, on marchait de plus en plus…

Au départ, on se croit encore dans notre cité, puis tout change…

Maintenant les gros soucis sont partis, depuis que mon petit frère est sorti…

Jennifer

 

Rita nous fait péter les plombs

Rita nous prend la tête, mais c’est pour notre bien ! Au petit-déjeuner, allez, je prends mon thé et je pars ! Rita nous prend la tête, mais c’est pour notre bien !

Être droit, elle ne supporte pas de nous voir avachis… Rita nous prend la tête, mais c’est pour notre bien !

À la guelta, il fallait tout le temps l’attendre…

Rita nous prend la tête, mais c’est pour notre bien! Pour nous faire travailler, pour nous bouger…

Rita nous prend la tête, mais c’est pour notre bien ! Pour prendre les médicaments,

Rita nous prend la tête, mais c’est pour notre bien ! Temète n’est pas un chien, c’est une fifille…

Rita nous prend la tête, mais c’est pour notre bien !

Et je prenais la sienne en disant :

« C’est quand qu’on arrive Astérix, il délire ! »

 

Jennifer

 

Prise de Tête

Le sable me brûle les yeux, mais ça me donne une dernière chance pour m’en sortir dans la vie, alors je la prends en main car j’ai assez gâché de moments dans ma vie.

J’avais une formation, je vivais dans un foyer tranquille, à Angers. Mais la prison est arrivée, je ne souhaite à personne d’y aller. C’est la mort, tu es enfermée, tes problèmes te reviennent à la gueule, tu es obligée de prendre des tonnes de cachetons pour tenir. C’est dur à oublier, la prison.

Comme dit Rita, on a soixante-dix ans pour vivre et si tu veux, tu peux choisir de rester dans ta merde…

Elle me prend la tête, parfois, mais je sais qu’elle fait ça pour nous. À d’autres moments, je la trouve cool… Quand elle pète les boulons, avec les cinq doigts de la main, elle nous signifie que nous allons passer un sale quart d’heure. Je ne supporte plus la marche et je suis pressée d’arriver au bout.

Jennifer

 

Les femmes de là-bas

Un souci est résolu, mon frère s’en est sorti grâce à moi, parce que je suis partie au désert. Ça me donne envie de m’en sortir encore plus. Même si parfois, on dirait le contraire.

J’aimerais être heureuse et avoir une vie tranquille ! J’aimerais ressembler aux femmes du désert, elles sont joyeuses, on dirait qu’elles n’ont pas de problèmes.

Le respect que les Touareg ont, les uns envers les autres, les font chaleureux, accueillants, respectueux.

Je repense souvent à Tima, à Salima, Celia, elles étaient belles et les petits-enfants d’Ihram me manquent, surtout le petit Selima, avec sa bouille d’ange.

J’avais envie de l’emmener en France. Il est dans ma tête, avec les dunes et surtout la plus grande dune, un après-midi si beau, si beau…

Là-haut, je pensais à mon frère, je me sentais responsable, il m’avait suivie, il était en prison et c’était de ma faute.

Le voyage m’a ouvert les yeux, m’a permis d’oublier la pnson et le manque d’espace.

Jennifer

 

La vie chez Irham

Derrière les montagnes, tous les matins j’allais chercher les moutons. Je les trouvais affreux, ils étaient trop maigres ! Cela me faisait pitié car en France les moutons sont plus gros !

Après trois heures de marche, je rentrais, fatiguée, affamée. Le midi, avec les enfants autour de moi, je mangeais des pâtes. Les pâtes me stressaient et moi, je rêvais d’un concombre à la crème…

J’aimais bien voir tous ces enfants, les entendre crier, rire. Hélas, je ne comprenais pas ce qu’ils disaient… Ces enfants qui étaient toujours avec moi me semblaient adorables, surtout le petit Selima avec qui je jouais souvent. Il ne pleurait jamais et adorait s’amuser avec l’eau. Je le trouvais mimi, Selima !

Les femmes s’occupaient beaucoup de leurs enfants, elles les aimaient, je le voyais dans leurs gestes.

En buvant du thé avec elles dans les tatarams, ou assises dehors sur les nattes, je les regardais se coiffer et faire leurs tresses. Nous parlions beaucoup et elles riaient. Je les intriguais et elles me touchaient les cheveux avec tendresse. J’aimais leurs façons d’être, leur gentillesse… Je ne pourrai jamais oublier ces moments magnifiques …

Jennifer

 

Papounet

J’aimerais bien te revoir et revivre les moments que j’ai passé avec mon frère et toi, quand tu me prenais avec tes mains d’ange et ton rire égayait ma vie. Si tu étais en vie, beaucoup de choses ne se seraient pas passées…

Je ne serais jamais allée en prison et serais venue vivre avec toi et le petit Coco… J’aimais quand tu m’appelais Poupoune…

Un soir, quand les autres étaient partis à Toufouchi, j’étais restée avec Chemma et Bachar. Je m’étais installée sous un arbre, le soleil se couchait. J’avais la tête dans les nuages. Je pensais à mon père et j’ai eu du mal à remonter la pente… Rita ne comprenait pas pourquoi je n’allais pas bien. C’est pour ma vie que je veux faire le deuil de mon père, en faisant une thérapie.

Jennifer

 

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