Laetitia

Laetitia

Attention, fragile !

La tête dans ses étoiles intimes, Laetitia regarde la vie avec une force inouïe. Elle est de toutes les émotions, de toutes les envies. Je l’imagine progresser à pas de fourmi géante entre deux dunes, deux idées fortes, deux pensées, revenant sur son chemin de vie avec le fracas d’un tonnerre passager.

Rire aux éclats, éclater d’émotion, regarder le monde avec cette lucidité de l’urgence, tout la transporte dans les recoins de l’âme. Vivante à l’extrême, ses mots, ses phrases, jouent soudain la mitraille inondant la médiocrité ordinaire.

Entre clins d’oeil, humour cinglant et pertinentes maximes qu’elle jette au vent avec une farouche volonté décapante, la délicate ingénue décoiffe parfois les idées attendues, reçues. Elle va, vient, et son esprit en perpétuelle quête de sens s’offre des explosions de vie comme d’autres d’artifices.

Entre joie de vivre et peurs accumulées, entre les malheurs d’hier et l’espérance, elle est une luciole vive, un saute-ruisseau, une arabesque aussi souple qu’un délié, qu’une main attentive trace avec délicatesse…

Forte comme un buldozer, elle sait tout de sa fragilité…

Alain Bellet

 

La couleur des étoiles

La tête dans les nuages, je pensais aux couleurs du ciel. Bleu, Aman, l’eau mais la peur, la peur qui se réveille en moi. Niamey était loin de moi fatiguée du Ténéré, épuisée, Smahane et moi, épuisées de la sécheresse, j’aurais échangé une soucoupe d’or contre un verre d’eau.

Bleu du ciel et le bleu de l’espoir.

Alors partir  chameau ou en Toyota ? Non, il n’y avait de tout cela alors que faire ?

Bleu passion, pas de fruit, pas de pomme sous la dent avec mon chèche sur la tête. Il y avait le rouge, le rouge de la colère, Smahane dans le vent priait.

Ne me confonds pas, je ne suis pas toi, Rouge de la prière.

Laetitia.

 

Panne d’essence

Tu me manques, Maman. Le voyage était une grande déprime, au début, mais il m’a réveillée sur qui j’étais et m’a permis de comprendre pourquoi je vivais. Pour qui aussi… Avec Rita, j’ai compris que j’étais là-bas pour m’aider moi-même.

Je repense au désert, ces dunes indéfinissables, je repense aussi à la pureté de l’air qui me faisait pleurer. Je repense à ma mère qui est toujours en train de vivre de son côté. Pourquoi doit-on toujours s’éloigner pour s’aimer ? C’est la haine de mon amour qui t’a brûlé au point que moi, je n’ai pas su comment t’aimer.

Hélas, tu n’es pas là, une fois de plus, ni dans mon coeur, ni près de moi depuis que tu es partie. Dis-moi de quoi j’ai peur. De te perdre encore pour toujours, Maman, dans ton malheur, de me perdre dans mes peurs. J’ai peur de tuer cet amour entre mère et fille et de briser une famille. C’est Sonia Carole qui m’a trahie, je crois, ma propre soeur.

Je n’ai pas compris sa toxicomanie, sa cleptomanie. C’est la panne d’essence dans ma tête. Mais je ne sais toujours pas pourquoi j’ai pété les plombs. Je ne sais toujours pas pourquoi je me suis énervée avec Jean-Claude, Fabien, Smahane ? Le responsable devait être le décor des montagnes. Les grandes montagnes grises et noires, au dessus des rochers d’une couleur sinistre, me faisaient penser au Nord de la France, quand le ciel est si gris.

C’était la déprime totale. Il me fallait faire le plein d’essence, des sens, peut-être, pour comprendre mon passé. Alors, je cherche la solution, pour fuir, comme d’habitude. Il n’y avait pas de téléphone, juste un papier et un crayon pour m’exprimer. J’étais perdue, presque seule, enfermée au milieu de quatre montagnes. J’ai failli faire de l’ashme, je me sentais enfermée. Cela me faisait penser à la personne qui m’avait enfermée lorsque j’avais quatre ans.

J’ai pleuré et j’ai repensé à moi. L’enfant que j’étais, en petite fille. Alors, j’ai pris ma vie en main.

Pardonnez-moi, il faut me faire grandir pour cesser le calvaire qui m’a fair flancher à l’époque où j’étais sensée et où je voulais réfléchir. Je n’ai pas voulu voir les choses en face, alors j’ai fermé ma gueule et j’ai ouvert mon coeur peut-être encore trop fragile pour ce monde et les gens. Pour ma soeur aussi, que j’aime beaucoup trop fort. Pourquoi?

 

Laetitia

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