Maude

Maude au désert

Etait-ce un mirage, ce long voyage où les pensées intimes se mélangeaient au rythme de la caravane ?

Les Hommes Bleus l’avait-elle ensorcelée au gré des dunes indéfinissables, dans l’espace infini du Ténéré?

Son visage marquait la quiétude, une douce sérénité entre deux tempêtes intérieures, l’envie de rentrer en terre familiale et cette célébration d’un anniversaire pas tout à fait comme les autres.

Le sable et des gens paisibles lui permettaient enfin de sourire, aux autres, au désert, aux chameaux, à elle-même.

Surtout, face aux montagnes noires qui semblaient partager ses secrets murmurés en douce, lui soufflant à l’oreille,  » vas-y bouge, bouge, change à ta guise… » Comme elle, la couleur du sable changeait, au diapason d’un coucher de soleil trop rapide, comme elle, la caravane cheminait dans la conscience d’être de devenir, d’aller vers un futur à maîtriser enfin, les touaregs calmaient-ils ses vieilles colères?

La découverte de leurs vie si libre, accrochés aux grains de sable l’émerveillait, la fascinait. Elle aurait voulu leur parler davantage, mieux comprendre Sélima qui s’affairait derrière ses fourneaux, oser aller vivre quelques temps avec elle. une prochaine fois peut-être…

Maintenant le bruit des chèches claquant au vent que l’on s’afflige à tisser sur une tête toujours dénudée, lui résonne sans cesse aux oreilles tout comme le grognement sourd des chameaux arrêtés.

Loin du Ténéré, les grandes dunes silencieuses lui montrent-elles la nouvelle traversée qui déjà s’ouvre devant elle…?

Alain Bellet

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Papa

Cinq ans, huit mois et une semaine plus tard.

Aujourd’hui, je pète les plombs, tu n’es pas là.

L’autre jour j’ai pété les plombs, tu n’étais pas là.

Plus tard, je péterai les plombs, tu ne seras pas là.

Pourquoi tu n’étais pas là pour me voir devenir jeune fille ?

Peut-être justement, avais-tu peur de perdre ta petite fille ?

Je me retrouve seule, Maman est là, je sais, mais j’avais tellement d’amour pour toi, que maintenant je n’arrive pas à lui prouver que je l’aime aussi.

Je n’ai pas su accepter qu’elle m’aide. Pourquoi es-tu parti ?

Pourquoi toi ?

L’alcool n’aurait jamais existé, tu serais toujours là, Et moi toujours dans tes bras.

Tu es parti à l’âge ou j’avais le plus besoin de toi. Pour m’épanouir en toute confiance.

Tu me manques et ce manque, j’ai l’impression qu’à la maison, il n’y a que moi qui le ressent.

J’ai besoin de toi !

Et j’aurai encore besoin de toi.

Tu avais tellement de choses à m’apprendre sur cette terre si dure. J’ai fais n’importe quoi.

Et j’ai raté tout ce que j’ai essayé de faire toute seule. Ma vie était si simple avant que tu t’en ailles.

Maude, dans les montagnes Illekane

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Grandir dans ma tête

Les jours passent et j’ai l’impression de grandir dans ma tête. N’est-ce qu’une impression ? Est-ce le fait de me retrouver seule, de ne pouvoir compter que sur moi et de devoir me débrouiller toute seule ?

Et cette montagne toujours à côté de moi, je sais que j’aurai toujours son image en moi. Pourtant, à mon arrivée en Afrique, j’avais cru que j’allais mourir, la peur, peut-être.

Je n’avais jamais autant marché ! La fièvre parfois des délires dans la nuit, les journées à chameaux se poursuivent. Cinq jours, Papa, Je t’aime, Papa…

Je pleure parfois, mais je grandis, je grandis…

Extrait de journal de Maude

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Toujours dans mes pensées

Le jour venait de se lever. C’était le jour de séparation. Les Touareg étaient là, près de leurs chameaux, prêts à partir. Rentrer chez eux, retrouver leurs familles, après un mois de traversée.

Je me souviens surtout de Bachat et Boubakar, ils avaient revêtus, tous deux, leurs plus belles tenues. Je ressentais un sentiment de peur. J’étais triste.

Bachat était souriant. Je ne voyais pas son sourire car il portait son chèche. Mais je le ressentais dans son regard. Pour moi, c’était « le docteur Bachat ».

Quand j’étais malade, il me préparait un thé à base de plantes. J’avouerais, il n’avait pas que des remèdes appétissants. Je me souviens, un jour je saignais du nez, et nous lui avons demandé s’il avait quelque chose pour ça. Et il m’a apporté une crotte de chameau. Cela m’a beaucoup surprise, mais en tout cas, c’est très efficace! Boubakar, lui aussi, était content, mais par contre, moi, c’était le contraire. Je savais que cet homme bleu allait énormément me manquer.

En lui, je trouvais mon refuge et mon appui. Je me souviens un jour de traversée, j’avais eu une crise d’asthme et je m’étais arrêtée avec Rita et Jean-Claude.

La caravane était loin, déjà. On ne la voyait même plus, derrière les dunes. Nous suivions les traces. D’un coup, nous apperçumes un homme avec un chameau qui se dirigeait vers nous. C’était Boubakarl Il venait me chercher. J’avais été très touchée, j’étais même un peu gênée.

Chez lui, je savais que tout allait me manquer. Son regard qui me redonnait du courage, quand je n’en avais plus, il me remontait le moral…

Sa voix et ses chants vont me manquer. Au moment du départ et des au revoir, j’avais les larmes qui coulaient, je voulais les retenir, mais c’était plus fort que moi.

Je les regardais partir, en compagnie de mes larmes. Et dans ma tête se répétaient interminablement, les chants magnifiques de Boubakar, que je ne pourrais oublier. Les regards de ces deux hommes resteront à jamais dans mes pensées.

Maude