Johan

Johan le solitaire

Le regard perdu au sommet d’une gigantesque dune, le plat pays d’ici s’effaçait de sa mémoire, laissant la magie du désert calmer ses craintes, ses peurs,  ses angoisses. Le Sahara permettait tous les remue-méninges que l’on n’ose jamais s’offrir.  » Ca m’a changé dans la tête  » s’avouait-il après avoir goûté une autre vie que la sienne.

A chaque instant, il se sentait pris par le sable, intégré par ce désert qui l’accueillait pour un nouveau départ. Il sentait confusément faire corps avec l’immensité, grâce au vent de la nuit, aux dunes sans cesse renouvelées, au regard d’Ibrahim enfin, sage d’entre les sages, rêvant d’une éducation permettant aux enfants des hommes de se sentir libres…

Le chèche bleuté jouait la frontière entre rêves enfouis et réalités révélées. Passeur de sable et de mémoire, le grand foulard, l’étendard de liberté des Hommes Bleus, lui montrait juste un demain à portée de ses mains soudain jointes, un cadeau de Dieu, juste un espace de paix.

Alain Bellet

Cette nuit, je vais dormir dans le Sahara

Cela me plaît énormément, je vais apprendre la vie dure. Ici c’est la solitude absolue pour moi et je n’ai pas envie d’être avec les autres. Je suis face à la réalité, face à rien d’autre que du sable. Alors, je compte sur les étoiles, ce sont elles qui m’aident à réfléchir, à penser à ma famille, à ma copine et à plein d’autres choses.

Plus tard

Je me suis énormément attaché à un Touareg, il va m’apprendre beaucoup. Chacun de nous va pouvoir compter sur un homme du désert pour l’aider. Cette vie de nomade  me  plaît beaucoup. Elle  demande du  respect et de l’observation pour l’instant. Plus tard, il me faudra faire comme les Touareg.

Quelques jours après

Il fait nuit maintenant et la lune me donne un peu de lumière. Au fond de moi, il y a toute la caravane et les hommes bleus. Les autres sont par deux, moi je suis seul pour dormir tranquillement et pour écrire. Je n’ai plus de force et mon corps est douloureux.

Depuis le début, j’ai eu un peu de mal à m’adapter, mais je fais avec. Les autres jeunes se plaignent tout le temps… Aujourd’hui, un chameau est tombé et les autres ont basculé…

J’ai l’impression de commencer à zéro, et quand je reviendrai j’aurai effacé certaines choses de mon passé, ces conneries qui n’ont fait qu’empirer. Oui, je vais recommencer ma vie. On va repartir pour aller je ne sais où, mais cela n’a pas d’importance, ici tout est magnifique.

Après la traversée du Ténéré, séjour à Iférouane

Maintenant, je suis très souvent en compagnie d’Ibrahim, non parce qu’il est touareg mais parce qu’il me comprend. Il me juge dans le présent et non pas pour un passé que je lui ai expliqué, un passé de France où il aimerait aller un jour. Avec lui, j’ai parlé de la mer, qu’elle était comme un désert rempli d’eau… Quand je les quitterai, cela me fera mal. Je me suis attaché à eux, dans le mental pas avec une corde.

Le séjour se termine

Moi aussi, j’ai envie de rentrer en France, mais quand je m’engage dans un projet, je vais jusqu’au bout, je ne baisse pas les bras. Quand je râle, c’est pour prendre de l’élan et avancer, que ce soit ici, ou dans ma vie. Moi, je ne veux plus m’enfoncer, après ce voyage, j’espère avoir un bon projet…

Je préférais la caravane plutôt qu’ici. Jamais je n’oublierai ce désert que j’ai traversé. C’était si beau ! J’ai appris, appris, et découvert la vie des Touareg en échangeant des choses fabuleuses avec eux. Je reviendrai voir Ibrahim, car je sais qu’il va me manquer, il était comme un père pour moi et cela me touche d’avoir pu avoir des liens avec des personnes comme lui.

Johan, extraits de son journal de bord

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Le pays sans fin

Là-bas, si loin de moi, j’ai laissé un ami rencontré à l’occasion d’une inoubliable traversée. Toi, Ibrahim, toi qui me manque defjà, l’homme d’un Pays sans fin où le soleil tombe si vite…

Le sable, les dunes, je repense à cet espace de paix où  tu  es  si  libre. Comme je te l’ai promis, je t’écris…je suis bien rentré en France et j’ai eu des nouvelles de ma famille. Tout va bien et je suis en train de préparer mon projet de formation.

Maximilien est revenu nous voir en Ardèche pour nous montrer ses photos. Elles sont magnifiques ! cela m’a permis de revoir tout ce que nous avons traversé ! Tu sais, je suis content d’avoir pu aller chez toi et d’avoir travaillé au jardin… C’était chouette d’être intégré dans ta famille ! On a passé de bons moments en voyageant ensemble et en mangeant de la Teguela.

A Zakkat, les quinze derniers jours du grand voyage étaient de superbes moments. J’étais chez toi, cette vie me plaisait. Le matin, j’allais déjeuner à côté du feu avec du bon pain. Après le thé, nous partions au jardin tranquillement, en saluant ton voisin. Je me lavais au puits, après nous commencions à travailler. Ton fùs chantait tout le temps, et l’ambiance était bonne. Plus tard, nous faisions une petite pause pour cuire du maïs et boire un peu de thé. Toi, tu faisais le ramadan et te reposais un peu. Moi, je repartais avec ton petit-fils pour aller manger, puis faire la sieste. Toujours tranquillement, nous te retrouvions pour travailler jusqu’au -coucher du soleil. Je me souviens qu’il fallait être rentré chez toi vers dix-huit heures pour que tu puisses casser le carême… C’était si bien…

Le soir venu, nous faisions des veillées… Je me rappelle de la soirée où Ahmed est venu pour me dire aurevoir. Nous étions ensemble tous les trois, avec tes enfants, et tu sais, il m’avait fait énormément plaisir.

Johan, Ardèche

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