Les règles du jeu

Pour rompre la spirale de l’échec et la violence dans laquelle se sont installés ces jeunes, nous proposons une expérience suffisamment forte pour laisser une trace et rester un repère.

Le Lien est une association loi 1901 créée en décembre 1996 à l’initiative de Rita Valenza et Jean-Claude Bourgeon. Le Lien est membre de l’Union d’Associations L’appel du désert dont l’objectif est de regrouper divers champs d’études autour de la relation de l’homme à son milieu naturel. Sur cette base, il réalise et mène sur le terrain des milieu naturel. Sur cette base, il réalise et mène sur le terrain des actions expérimentales aux objectifs éducatifs – thérapeutiques – formatifs, principalement auprès de personnes en grande souffrance psychique et/ou difficultés d’intégration sociale.

Le programme du Centre Educatif Renforcé a été conçu pour permettre à des adolescents engagés dans un processus de délinquance et de désocialisation, de prendre une distance suffisante à l’analyse de leur situation, de découvrir, grâce à expérience de vie hors repères habituels, de nouveaux potentiels, de prendre conscience de leurs fragilités afin de ré-investir un projet personnel réaliste.

Le programme est construit autour de la rupture dont l’objet principal est un séjour de 11 semaines dans le désert en compagnie des hommes qui l’habitent. Le désert est utilisé à des fins éducatives dans son aspect  de nature extrême, qui permet de travailler, entre autres, de manière percutante le rapport à la loi. Le voyage en caravane, puis l’expérience de vie au désert, donne un cadre fort, à un programme éducatif intensif.

A aucun moment le voyage n’est une fin en soi ou un but à atteindre. Il  est clairement défini comme un « passage » nécessaire à la transformation. Il a une fonction « thérapeutique ». Il est précédé d’un avant et d’un après, conçus pour rester dans le même état d’esprit tout en permettant le passage vers un projet intégré au milieu social et culturel du jeune. L’avant s’appuie sur le ressort que « l’aventure » suscite chez tout adolescent, même le plus en difficulté. Le retour spécule sur les acquis. Ces deux phases qui  se déroulent en France sont déterminantes et indissociables du voyage.

La rupture n’est pas seulement géographique, elle est avant tout culturelle. La coupure des jeunes avec leur milieu et leur parcours est radicale et tient à plusieurs aspects:

  • Rupture géographique par l’immersion dans le milieu en opposition au milieu urbain
  • Rupture des habitudes vie (veille/sommeil, activité physique intense/ inactivité…)
  • Hygiène alimentaire
  • Coupure totale avec l’environnement familier : absence de musique, de télévision, de fréquentations
  • Obligation de dépassement des crises et sanctions immédiates des transgressions par la confrontation à la loi naturelle. Tout écart de  conduite est immédiatement sanctionné.

La rupture s’entend dès la prise en charge et pour toute sa durée. Dans les situations bloquées et en état de crise, l’éloignement permet l’apaisement nécessaire des différentes parties: jeunes, familles, services  et  parfois environnement social. Elle permet à chacun de se positionner et d’envisager une nouvelle relation.

Le dépaysement total permet une « déstabilisation » nécessaire pour permettre de s’ouvrir à d’autres points de vues. Il « déconditionne » avec les habitudes de vies et permet d’inscrire de nouveaux repères.

Mis dans l’impossibilité de fuir, le jeune est dans l’obligation d’affronter les crises, de gérer les frustrations, en cherchant en soi même d’abord et dans l’autre les moyens de se dépasser. Il oblige à revisiter les relations avec l’adulte en recherchant son soutien. Ces expériences réussies, permettent de rechercher dans l’épreuve une résolution. Elles ouvrent de nouveaux comportements où la fuite n’est plus l’unique moyen d’aborder les difficultés.

L’influence des lieux est très forte sur les comportements. L’espace, la beauté, la pureté, l’absence totale de traces humaines, la diversité des paysages (montagnes, dunes, points d’eau etc..) agissent d’une manière complémentaire sur la psychologie provoquant des réactions , exploitées par l’équipe éducative.

Le parcours de la caravane a été conçu en tenant compte de la diversité nécessaire des paysages. Elle part du vide absolu (Ténéré) pour aller progressivement vers le vivant (les campements).

L’immersion dans « la nature intacte » permet une régression qui aide à retrouver des racines. Lorsque la nature cesse d’être un paysage pour devenir un lieu de vie elle oblige au respect d’une loi simple et universelle, applicable à tous, et dont chaque transgression a des répercussions immédiates et facilement perceptibles parce que le plus souvent physiques. Elle aide a prendre conscience de la notion « protectrice » de la loi. Cette découverte simple mais fondamentale permet de concevoir autrement son respect dans la vie civile. De même, dans ce contexte, la causalité des actes devient une évidence.

Toutes les consignes et règles s’inscrivent dans la cohérence de la vie au désert et le respect des populations qui y vivent. L’équipe s’inscrit dans cette cohérence. Chacun a une place identifiée dans son rôle et la responsabilité qui lui incombe. Au désert, les nomades sont éducateurs car ils sont ceux qui savent et qui peuvent transmettre. Ils veillent à la  sécurité, transmettent leur savoir par apprentissages progressifs. Ils éveillent la curiosité, incitent à tenter des expériences. Ils sont ceux qui rassurent parce qu’ils savent.

Ces nomades sont pour la plupart grands guides de caravane. L’accompagnement européen est assuré par un «couple» auquel les jeunes identifient un schéma parental rassurant. A l’intérieur du couple les rôles sont bien définis et complémentaires : chef d’expédition et responsable éducative.

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